La Mission dans l’histoire de l’Eglise

 

Dax, le 10 novembre 2018

Au cours de ce WE nous allons réfléchir sur l’importance d’être missionnaire dans le monde d’aujourd’hui et par là voir comment donner notre témoignage. La mission est une des exigences essentielles de la foi chrétienne. C’est une nécessité vitale. Elle est une poutre maîtresse du christianisme sans laquelle le christianisme n’est plus le christianisme. Otez Jésus-Christ ou la résurrection de la foi chrétienne est aussi grave que de supprimer la mission.

La mission est, en effet, ce pourquoi Jésus rassemble ses disciples. « Je vous envoie (c’est bien cela la mission) comme des brebis au milieu des loups ». Au moment de quitter ses disciples il leur dit :

18 : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre.
19 Allez ! De toutes les nations faites des disciples :
baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,
20 apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé.
Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Mt 28.18-20

Cela souligne l’importance de la mission dans la pensée de Jésus.

Pour nous aider à prendre un peu de recul, bien que n’étant ni historien ni théologien, je voudrais, avec vous, réfléchir sur la mission telle qu’elle a été vécue et comprise au cours des siècles. Ensuite je vous partagerai ce que j’ai vécu, pendant 10 ans, sur les chantiers du bâtiment et de l’industrie.

 

I- En repartant de la vie de Jésus : De l’annonciation à la Pentecôte

Au début de son histoire Jésus est le premier et le seul missionnaire puis le christianisme va être représenté par un groupe infime de personnes. Cela me fait penser à la parabole du grain de sénevé qui devient un grand arbre.

a) Jésus est le premier missionnaire

La venue de Jésus en notre monde, le jour de l’annonciation, est passée inaperçue. Elle a d’abord été un secret entre la Vierge Marie et son Dieu.
Mais dès cet instant l’Esprit Saint est présent. Comment cela se fera-t-il ? demandera Marie à l’ange Gabriel : « L’Esprit Saint viendra sur toi, la puissance du Très haut te prendra sous son ombre ». Dès lors l’Esprit Saint va accompagner Jésus dans sa croissance puis dans sa mission et Jésus restera en communion constante avec son Père.
Avant de commencer sa mission, après avoir passé 30 ans de vie cachée à Nazareth, Jésus va aller sur les bords du Jourdain afin de se mêler à la foule des pécheurs et d’être baptisé par Jean Baptiste.

21 Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit.

22 L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus, et il y eut une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »
Luc.3.21- 22

Luc précise qu’après avoir été baptisé Jésus sortit de l’Eau. Là, alors qu’il se trouvait en prière l’Esprit vint sur lui sous la forme d’une colombe. Ceci nous aide à comprendre que ce n’est pas le baptême de Jean-Baptiste qui communique l’Esprit Saint mais que c’est bien lui Jésus qui, dans sa prière, appelle l’Esprit Saint sur lui et sur le monde. Ce petit exemple nous aide à comprendre que sans l’Esprit Saint il n’y a pas d’annonce possible de la bonne nouvelle.

Poussé par l’Esprit, Jésus va aller au désert. Il demeura 40 jours tenté par Satan. Sans transition, après l’arrestation de Jean-Baptiste, Matthieu et Marc soulignent que Jésus, parcourant la Galilée, invite à se repentir et proclame que le Royaume de Dieu est proche. Il va appeler ses quatre premiers disciples Pierre et André, Jean et Jacques puis Matthieu et tous les autres.

A Capharnaüm, dans la synagogue, il chasse le démon qui tenait l’homme captif d’un esprit impur, puis rendu dans la maison de Pierre, il guérira sa belle mère et fera des guérisons. Avec eux, chemin faisant, Jésus va proclamer la bonne nouvelle du Royaume et fera des guérisons comme pour souligner que la proclamation de l’évangile est indissociable du ministère de guérison.

Jésus est le premier missionnaire. Animé par la puissance de l’Esprit Saint, sous le regard du Père, chemin faisant, il proclame que le Royaume des Cieux est proche et fait des guérisons.

b) Ses disciples sont appelés pour être missionnaires

Dès que le groupe des Douze est constitué Jésus va les appeler et les envoyer en mission

01 … il leur donna pouvoir et autorité sur tous les démons, et de même pour faire des guérisons ;
02 il les envoya proclamer le règne de Dieu et guérir les malades.
Luc. 9,1-2

Après avoir envoyé les Douze, Jésus va élargir le cercle de ses disciples et en envoyer soixante-douze autres.

01 … il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre.
Luc.10,1
Il va leur donner la même consigne
…….
08 … mangez ce qui vous est présenté.
09 Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : “Le règne de Dieu s’est approché de vous.”
Luc 10.8-9

c) La croix

Ce que fait Jésus est extraordinaire, il chasse les démons, il guérit les malades. Son enseignement est étonnant. Les disciples sont comme grisés par tout ce qu’ils vivent avec Jésus. Ils sont vraiment décidés à le suivre. Cependant, ils le suivent sans avoir complètement changé de manière de pensée.

Jésus avait bien dit à ses disciples, après sa première annonce de la passion (Mc.8,31-33) :
« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive,… » Mc.8,34

Pourtant les disciples ont du mal à comprendre.
Après la deuxième annonce de la passion, ils discutent entre eux afin de savoir qui est le plus grand (Mc.9,33-37) et après la troisième annonce de la passion Jacques et Jean viennent voir Jésus. Ils veulent siéger l’un à droite et l’autre à gauche dans son royaume. (Mc.10,35-40)

Dans la suite de Jésus, les disciples n’ont intégré que le succès. La passion de Jésus va être pour les disciples, une épreuve terrible, une purification en profondeur. Pierre va renier Jésus, Judas va le trahir, Tous les disciples vont être dispersés. Seul Jean va rester au pied de la croix. Dans les différentes apparitions, Jésus va restaurer ses disciples et continuer leur formation.

Malgré cela les disciples ne comprennent pas. Et au moment de l’Ascension ils vont encore poser la question : Est-ce maintenant que tu vas restaurer la royauté en Israël ?

Il leur faudra l’ultime purification de l’Ascension, où Jésus va se retirer, mais aussi le don de l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte pour faire d’eux des témoins.

d) Après la mort de Jésus la mission s’élargit

Afin de pouvoir proclamer l’évangile jusqu’aux limites du monde, les disciples sont invités à demander la force de l’Esprit Saint qu’ils recevront avec puissance le jour de la Pentecôte.

Leur consigne est claire :

15 …« Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création.
16 Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné.
17 Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils expulseront les démons ; ils parleront en langues nouvelles ;
18 ils prendront des serpents dans leurs mains et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux (malades) infirmes, et ceux-ci seront guéris »
Mc.16,15-18

Contrairement à beaucoup de religions ou de démarches spirituelles le souci, la hantise des disciples n’est pas de cultiver une ascèse ou une sainteté personnelle. Leur foi les rend porteur d’une bonne nouvelle pour tous les hommes. Animés par la puissance de l’Esprit, ils veulent la répandre

 

II- Tout pour la mission . De la Pentecôte au haut moyen âge (jusque vers le 7ème siècle)

Au début de son histoire le christianisme n’est représenté que par un groupuscule de disciples.
L’histoire des premiers responsables de l’Eglise telle que nous la rapporte le livre des Actes et les épitres est une longue série de voyages, de prédications, de conflits avec les autorités, de correspondance. Tout cela n’a d’autres buts que d’implanter des communautés. Ainsi l’évangile parvint dès le premier siècle à Rome après être passé par Athènes et Corinthe, mais aussi à Antioche et Alexandrie. Dès le 2ième siècle l’évangile est annoncé en Perse, en Ethiopie. En France les premières communautés apparaissent à Vienne et à Lyon. On peut penser aux martyrs de Lyon en 177.

Durant les premiers siècles les chrétiens connurent la persécution. On peut penser aux Martyrs de Rome. Pour ne pas oublier la trace des martyrs d’hier et d’aujourd’hui, à Pentecôte 2017, le pape François a tenu à ce que le rassemblement du renouveau ait lieu au Circo Massimo.

Durant les deux ou trois premiers siècles, dans ce contexte de persécution où la croix est plantée dans la vie des disciples, les guérisons accompagnent la prédication de l’évangile vécue avec la force de l’Esprit Saint.

Cependant deux évènements vont modifier cet état de fait : Les différents courants de pensée et l’édit de Milan. (voir Guérir de Marie Healy p 68-72)

Les différents courants de pensée
A mesure que le christianisme se développa il rencontra aussi différents courants de pensée à l’origine de nombreuses hérésies. Je n’en citerais que deux

a) Les courants de pensée platoniciens, manichéens ou gnostiques

Tous ces courants tendaient à mépriser le corps et voyaient le corps comme une sorte de prison qui contraignait l’âme.
Voici ce qu’en dit Mary Healy dans son livre « Guérir » :
« Au lieu de voir le corps humain comme appartenant à la bonté de la Création, comme l’enseigne les Ecritures, ils le considéraient comme un frein, voire comme un mal…St Paul mettait en garde contre de telles positions. Ce dualisme corps-âme amena de nombreux chrétiens à minimiser l’importance des guérisons physiques et à donner trop d’importance à l’ascétisme et aux mortifications corporelles, les plus sévères… »
Guérir, Mary Healy p.70-71

b) Le montanisme

Parmi tous ces courants, le montanisme, fondé au 2ème siècle en Phrygie, en Asie Mineure (Turquie actuelle) par le moine Montan a une place particulière. Montan prétendait avoir reçu des révélations particulières du St Esprit et annonçait l’imminence de la fin du monde. Il invitait les chrétiens à s’y préparer avec un ascétisme rigoureux.

Le montanisme est une dérive charismatique qui donnait la priorité aux révélations du Saint Esprit, aux charismes, sur l’autorité dans l’Eglise. Du coup, en le réprimant sévèrement, on réprima, on suspecta la dimension charismatique dans l’Eglise.

« À Rome, le pape Zéphyrin (198-217), après quelques hésitations, condamne le montanisme…
La secte s’émietta assez rapidement. Au IVe et au Ve siècle, les empereurs Constantin (331) et Honorius (407) … »
Pierre Thomas CAMELOT : professeur et ancien recteur des Facultés dominicaines du Saulchoir

Constantin 1er ou Constantin Le Grand (280-337)

Il régna 31 ans. Il mena une politique militaire, religieuse et économique profondément réformatrice, qui lui permet de réunir sous son unique autorité un empire romain affaibli et divisé. On peut penser à tous les groupes religieux et à toutes les sectes chrétiennes qui agitaient le Christianisme dans l’Empire. Alors que seulement 10% de la population est chrétienne, Constantin choisit le pape comme chef de la nouvelle religion qui va unifier l’Empire.

L’Edit de Milan, signé en avril 313 par les Empereurs Constantin et Licinius, reconnaissait la foi chrétienne comme seule et vraie religion ainsi que la liberté de choisir sa religion. Au lieu que chaque peuple et groupes suive la religion de ses ancêtres et ait ses propres dieux la priorité était donnée à la foi chrétienne. Cet édit, légalisant le christianisme, était un retournement inattendu après les grandes persécutions inaugurées 10 ans plus tôt par les Tétrarques Dioclétiens et Galère.

Les chrétiens, jusque là pourchassés, se voyaient reconnus, ils avaient une place d’honneur. Le pape lui-même, traqué auparavant, se trouva investi de l’autorité impériale pour assurer l’unité de l’Empire. Du coup tous ceux qui jusque là se trouvaient proches de la foi chrétienne, sans se décider à se faire baptiser, demandèrent le baptême en masse. Constantin, en imposant la foi Chrétienne par la force et par son savoir faire politique va remplacer la Pax Romana par la Pax Christiana mais va supprimer l’exigence de la croix aux nouveaux baptisés. Ces nouveaux baptisés avaient des motivations diverses car être baptisé était devenu « socialement porteur ». Non seulement on ne risquait plus d’être conduit dans les cirques pour être mangé par les lions à la plus grande joie des Romains, mais on se trouvait du côté de l’autorité en place. Ce changement est loin d’être neutre et va avoir de grandes conséquences par la suite.

Plusieurs sentant le danger d’un affaiblissement encouru au niveau de la foi rejoignirent la Haute Egypte à la suite de St Antoine du désert (Antoine au petit cochon), pour affronter le démon et lutter contre lui. A côté du jeune moine qui montait dans la haute Egypte on plaçait un vieux moine pour l’aider à vivre le combat spirituel. Ce sera l’origine de nos parrains et marraines. Tout ce courant fut l’origine du monachisme qui se développera dans toute l’Eglise et œuvra à l’évangélisation des campagnes. Il est signifiant de constater que St Benoit est patron de l’Europe.

Des préparations collectives aux baptêmes d’adultes furent organisées. Comme témoins de cette histoire, on peut penser aux « catéchèses baptismales » de St Cyrille de Jérusalem au 4ème siècle. Les textes de la liturgie eucharistique de l’année A, durant le Carême, datent de cette époque. Les lectures bibliques étaient choisies pour accompagner les nouveaux baptisés de Pâques dans leur ultime préparation. Le carême est la spiritualité des moines du désert offert à l’ensemble du peuple de Dieu.

Suite à la paix de Constantin, le christianisme s’implanta rapidement. Un monde nouveau était en train de naître. Le mouvement de conversion qui se faisait pour les adultes avant le baptême devra se faire après pour ceux qui sont maintenant baptisés enfants, avec la généralisation du baptême des petits enfants, sous l’impulsion de St Augustin. En effet, se pose la question : Que va devenir l’âme des petits enfants s’ils meurent sans être baptisés ? Ne vont-elles pas aller au shéol ?

Tous ces courants de pensée à l’origine de nombreuses hérésies et en particulier le montanisme contribua, de la part des responsables de l’Eglise, à se méfier de la dimension charismatique et, globalement, si l’Edit de Milan fut un progrès, car beaucoup embrassèrent la foi chrétienne, au niveau de la vitalité de l’Eglise ce fut un affadissement.

Mary Healy dans son livre « guérir » raconte que St Augustin (354 430) évêque d’Hippone, pensait que les charismes de guérison avaient disparu et n’étaient plus utiles dans l’Eglise du Vème siècle, maintenant qu’elle était établie. Il fut surpris, un jour, en apprenant une guérison survenue dans sa cathédrale suite à la prière d’un nouveau baptisé. Il insista pour que cette guérison soit relatée afin qu’à Dieu en soit rendu gloire et action de grâce.

Alors qu’au début de l’Eglise, tout est centré sur la mission vers l’extérieur, à partir de la paix de Constantin, lorsque, avec le temps, dont le point culminant est le moyen âge, tout l’empire fut devenu chrétien, il n’y eu plus personne à convertir. La mission dût, faute de personnes à intégrer dans la foi chrétienne, changer de forme.

 

III- Tout pour l’intérieur (à partir du 7ème siècle environ)

A partir du moyen âge, au lieu d’être témoin pour convertir les autres, n’ayant plus d’incroyants à convertir, tout l’effort porta sur la conversion personnelle des chrétiens. Se convertir ne consiste plus à passer de l’incroyance à la foi mais plutôt à quitter un état de péché pour obtenir le pardon.

L’instrument de conversion va devenir le sacrement de pénitence.

Le sacrement de réconciliation tel que nous le connaissons est relativement récent. Au début de l’ère chrétienne, le baptême était le seul sacrement pour demander le pardon des péchés. On le recevait à l’âge adulte.
Cependant, la possibilité de pécher et de commettre une faute grave existait toujours, même après le baptême ! (En particulier, une question va se poser : que faire de ceux qui avait renié le Christ au cours des grandes persécutions ?) La jeune Eglise autorise alors une cérémonie publique de réconciliation, présidée par l’évêque.

Cette réintégration dans la communauté chrétienne, qui avait lieu habituellement le jeudi saint pour permettre à la communauté ressoudée de célébrer la Cène, ne pouvait avoir lieu qu’une seule fois dans la vie. Et les exigences de pénitence sont telles (mise en quarantaine par l’évêque) que beaucoup de chrétiens attendent le moment de la mort pour demander le baptême.

Durant le haut Moyen âge, on joint aux cas d’apostasie des comportements graves, publics qui portaient atteinte à l’unité de l’Eglise : violence, scandale,… La situation change d’un seul coup lorsque des fidèles, par humilité, viennent se joindre au groupe des pénitents. Du coup les vrais pénitents pour ne pas se dénoncer ne veulent plus venir, sous prétexte que cet acte public porterait atteinte à leur vie privée. Les évêques sont dans l’embarras.

Comme on le voit, la réconciliation telle qu’elle fut instituée et vécue n’était pas destinée à régler des problèmes de culpabilité. Il s’agissait de l’Eglise, de son unité et de son témoignage. La rémission des péchés était le fruit du baptême. Cela devait durer officiellement jusqu’au VIe siècle.

Alors que les pénitences publiques des pénitents sont encouragées par l’église voici qu’à partir du 7ème siècle sous l’influence des moines irlandais un nouveau phénomène apparait. Des personnes vont voir les moines pour leur confier leur prière et demander des conseils (Cela me fait penser aux demandes de la prière des frères à l’intérieur du renouveau.) Cette pratique va être l’ancêtre du sacrement de réconciliation tel que nous le connaissons. L’Eglise tente de s’adapter à cette nouvelle évolution.

À partir du XIIe siècle, la confession devient individuelle et privée. Elle peut se donner plusieurs fois dans une vie. Le 4e Concile de Latran (1215) fixe les règles de ce sacrement (sans changement jusqu’à Paul VI en 1973). Il demande à tout chrétien de se confesser et de communier au moins une fois par an, pour Pâques. D’où l’expression « faire ses Pâques ».
(Voir Croire fév 2005 et Christus n° 228 Michel Rondet d’octobre 2010]

L’apparition de l’Islam au 7ème siècle

Cependant durant cette période, avec l’apparition de l’Islam dès l’aube du 7ème siècle, d’un seul coup on se trouva en présence de non chrétiens. Cette découverte motiva en plein moyen âge les croisades (1095 -1291), véritable épopée et expéditions missionnaires. Ce pèlerinage guerrier s’effectue dans un contexte plus global de l’expansion de l’occident dû à un essor économique et démographique. C’est aussi une affirmation progressive des pouvoir royaux, et la volonté de certains seigneurs d’aller guerroyer et de s’enrichir… C’est enfin l’importance croissante de l’Eglise sur les sociétés et la concurrence avec les pouvoir politiques mais aussi les autres religions : Christianisme Byzantin et Islam, Il faut dire que l’ensemble de l’Eglise ne vibrait plus pour des missions à l’extérieur et que les motivations n’étaient pas qu’évangéliques. En effet, les juifs présents dans tous les pays de chrétienté, n’apparaissaient pas comme objet de mission à proprement parler. Ce n’est pas que l’on refusait leur conversion mais leur force et leur cohésion religieuse apparaissait si soudée et si solide que toute conversion massive semblait impossible autrement que par la violence (ce qui malheureusement arriva parfois.)

François d’Assise

Au début du 13ème siècle François d’Assise fut un personnage majeur du Moyen Âge occidental. Un jour le Christ peint sur une croix au-dessus de l’autel s’anime et lui parle : « François va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruines ». François croit d’abord qu’il doit reconstruire la chapelle et se fait maçon. Il va comprendre qu’il s’agit de reconstruire l’Eglise sur la base de l’Evangile. Il fut un grand précurseur en proposant à la chrétienté un modèle de pauvreté, de simplicité évangélique et de contestation de l’ordre social fondé sur les privilèges et l’argent. François d’Assise va marquer profondément l’Eglise de son temps et les ordres religieux qui suivront tant dominicains que jésuites.

En disant cela, je pense à Saint Ignace de Loyola, au début de sa conversion qui voulait faire comme Saint Dominique et comme Saint François, et même mieux qu’eux, jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il fallait qu’il soit lui-même car devant Dieu chacun est unique.

Saint François fut aussi le premier, en rencontrant le Sultan à Damiette, à prêcher le dialogue interreligieux avec les musulmans. On comprend qu’Assise soit devenue avec Jean Paul II le Centre mondial du dialogue interreligieux.

C’était un pari extraordinaire : réunir toutes les religions du monde sur le thème de la paix. Après dix mois de minutieuse préparation, Jean-Paul II recevait à Assise, en Italie, le 27 octobre 1986 les représentants des grandes traditions religieuses pour une première « Journée mondiale de prière pour la paix ». Une date historique dans le dialogue interreligieux. (La Croix du 27/10/2016)

Cette première rencontre d’Assise a regroupé à l’initiative de Jean Paul II, 150 responsables religieux représentant une douzaine de religions. Cette rencontre était inscrite dans le contexte de l’« année internationale de la paix » proclamée par les Nations unies, alors que le monde était encore séparé en deux blocs. Un « maillon de la chaîne de prière qui appelle à une paix durable pour toute l’humanité ».
Dans la vie courante de l’Eglise, durant tous ces siècles, la primauté fut donnée aux activités pastorales. Ceci durera pratiquement jusqu’au 16ème siècle

 

IV- La Mission à l’extérieur (à partir du 16ème siècle)

Voici que d’un seul coup, le monde change. On découvre de nouvelles terres : L’Inde et l’Amérique (1492 :découverte de l’Amérique par Christophe Colomb). Voici que nos vieux pays de chrétienté se mettent à arpenter la terre entière. Le but est avant tout le commerce.

Le 16ème siècle est l’époque des grandes découvertes dans le monde. C’est aussi le moment de la réforme. Le 31 octobre 1517 Martin Luther affiche les 95 thèses sur les portes de l’église de Wittenberg. L’Eglise se déchire, mais comme jésuite, je suis frappé de constater que tant Luther que St Ignace de Loyola vont chercher à réformer l’Eglise. Luther en se séparant de Rome malgré lui et St Ignace en y restant uni.

Pourtant on ne peut nier le souci des responsables de ces expéditions d’apporter aux populations nouvellement découvertes la foi de l’Evangile. A nouveau l’incroyant existe à qui il convient d’apporter la Bonne Nouvelle de l’Evangile même si parfois, la manière employée est fortement contestable.

Les 17ème, 18ème, et 19ème siècle vont être des siècles missionnaires. Des congrégations masculines et féminines naissent en grand nombre dont le but est exclusivement la mission au loin. Les vieux ordres, eux-mêmes, retrouvent la possibilité de vivre en grand l’aspect missionnaire de leur vocation, jamais oublié, mais désormais très largement honoré.

Jusqu’à l’orée du 20ème siècle, cependant la mission ainsi découverte demeure l’affaire de spécialistes. Il n’y a guère que les religieux et religieuses ou assimilés qui recevront l’envoi en mission. Etre missionnaire signifiait partir au loin. Il y avait donc des personnes qui étaient missionnaires et d’autres qui ne l’étaient pas. L’incroyant était obligatoirement l’autre, celui qui était au loin. Nous, en Europe, on était chrétiens. On était disciple de par notre baptême. Les missionnaires devaient aller dans le nouveau monde.

A côté de ces courants missionnaires, où de nombreux missionnaires français furent impliqués, différents courants contribuèrent à diminuer la vitalité de la foi chrétienne : un rigorisme à l’intérieur de l’Eglise avec le jansénisme et dans toute la société le rationalisme et les philosophes des lumières. Etre chrétien ne va plus de soi.

 

V- Mission sur place (à partir du 20ème siècle)

Le 20ème siècle fait apparaître soudain, dès avant la 2ème guerre mondiale, mais surtout après, la déchristianisation massive de nos sociétés européennes. Cette prise de conscience est un véritable choc. Elle va se faire tout d’abord par rapport au monde ouvrier au 19ème siècle.

Un slogan va apparaître : « Faisons chrétiens nos frères ». Ce sera l’origine de la JOC, créée en Belgique en 1925 par le père Joseph Cardijn. La JOC fit un travail admirable et beaucoup s’investirent de tout leur cœur. Ensuite nous découvrirons que c’est toute la société qui est à évangéliser. Un livre va marquer cette prise de conscience, celui des abbés Godin et Daniel intitulé : « France, pays de Mission ». L’Archevêque de Paris, crée la « Mission de Paris » puis apparaît la « Mission de France ». Après la deuxième guerre mondiale ce sera l’expérience des prêtres ouvriers.

L’esprit missionnaire reprend ses droits dans tous les rouages de l’Eglise. Prêtres et laïcs peuvent être envoyés en mission à l’étranger et tout chrétien est appelé à être missionnaire, quelle que soit sa situation et son implantation dans l’église.

Pour souligner l’universalité de cette nouvelle découverte, la mission est confiée à un double patronage : St François Xavier qui sillonna en Extrême Orient l’Inde, le Japon et mourut aux portes de la Chine, et Ste Thérèse de l’Enfant Jésus carmélite de Lisieux

Paul VI

A l’occasion du 10ème anniversaire de la clôture du concile Vatican II, le 8 décembre 1975 le Pape Paul VI a tenu à publier l’encyclique « Evangeli nutiandi » (L’évangélisation dans le monde moderne) car dit-il, les objectifs du Concile se résument en ceci : « Rendre l’Eglise du XXème siècle encore plus apte à annoncer l’Evangile à l’humanité du XXème siècle »(n°2).

Ce texte est vraiment un texte de base. Il marque vraiment un tournant dans la conception de la mission telle qu’elle était comprise à l’époque. Conformément à ce qu’a vécu Jésus, dans l’encyclique, Paul VI encourage l’ensemble du peuple de Dieu, et non quelques spécialistes à être « témoin » et à prendre au sérieux la mission, confié par Jésus, d’évangéliser car, rappelle-t-il « c’est la vocation propre de l’Eglise ». L’Eglise est née de l’action évangélisatrice de Jésus et des douze et est dépositaire de la Bonne Nouvelle à annoncer. « Envoyée et évangélisée, l’Eglise elle-même envoie des évangélisateurs » (n°15).

Cette évangélisation doit à la fois atteindre les personnes mais aussi avoir un impact sur la culture afin « d’atteindre et comme de bouleverser les critères de jugements et les valeurs déterminantes … qui sont en contraste avec la parole de Dieu et le dessin du salut (n°19) ». Cela invite des chrétiens à s’engager pour évangéliser dans une action collective, culturelle, politique.

Cependant, cette transformation de la société ne se fera que si la « Bonne Nouvelle » est proclamée. Le pape précise que « L’Evangile doit être proclamé d’abord par le témoignage de vie (n°21) » mais il ajoute que ce témoignage de vie est insuffisant et qu’il doit être accompagné d’une parole explicite, même s’il reconnait que dans certains cas, il n’est pas possible de faire plus.

« A ce témoignage (silencieux), tous les chrétiens sont appelés et peuvent être, sous cet aspect de véritables évangélisateurs » (n°21)

 

VI- Dans le sillage du Renouveau Charismatique

Dans le sillage du renouveau charismatique voici que de nouvelles prises de conscience se font. On redécouvre la place de l’Esprit Saint accordé à tous chrétiens. L’Eglise n’est pas simplement hiérarchique et institutionnelle, elle est également charismatique, animée par le souffle de l’Esprit, à la suite de Jésus sous le regard du Père. Cet Esprit Saint nous en avions oublié la présence dans l’Eglise ce qui amena le pape Léon XIII à consacrer le monde au St Esprit le 31 décembre 1900.

En 1900, le pasteur Charles Fox Parham était déçu du manque de puissance dans la vie chrétienne comparé à ce que les premiers chrétiens expérimentaient dans le Nouveau Testament. Avec un groupe de 40 personnes venus étudier la Bible avec lui à Topeka dans le Kansas, ils vinrent à la conclusion que ce qui manquait était le baptême du Saint-Esprit et que le parler en langues en était le signe.

Avec l’apparition du mouvement de Pentecôte puis du Renouveau charismatique les charismes, en particulier celui de guérison, retrouvent leur place dans l’Eglise au service de l’évangélisation, dans toutes les églises protestantes d’abord puis catholiques. Je pense au Père Tardif. Avant l’apparition du Renouveau on pensait que ces charismes qui ont toujours existé dans l’Eglise étaient réservés aux saints.

La mission n’est plus l’affaire de quelques spécialistes mais, grâce au baptême dans l’Esprit Saint, tout chrétien redevient missionnaire et responsable de l’évangélisation.

Don Piggi à Milan, suite au Pasteur Coréen Yonghi Cho, avait repris l’idée vers les années 1990 de cellules d’évangélisation et au lieu d’aller évangéliser il proposait ce slogan : d’« Evangéliser en allant »

 

VII- Pape François

Le pape François vient nous rappeler l’exigence de la foi Chrétienne et que tout chrétien doit être « disciple-missionnaire »

« La joie de l’évangile » (nov 2013)
120. En vertu du Baptême reçu, chaque membre du Peuple de Dieu est devenu disciple missionnaire (cf. Mt 28, 19). Chaque baptisé, quelle que soit sa fonction dans l’Église et le niveau d’instruction de sa foi, est un sujet actif de l’évangélisation, et il serait inadéquat de penser à un schéma d’évangélisation utilisé pour des acteurs qualifiés, où le reste du peuple fidèle serait seulement destiné à bénéficier de leurs actions. La nouvelle évangélisation doit impliquer que chaque baptisé soit protagoniste d’une façon nouvelle. Cette conviction se transforme en un appel adressé à chaque chrétien, pour que personne ne renonce à son engagement pour l’évangélisation, car s’il a vraiment fait l’expérience de l’amour de Dieu qui le sauve, il n’a pas besoin de beaucoup de temps de préparation pour aller l’annoncer, il ne peut pas attendre d’avoir reçu beaucoup de leçons ou de longues instructions. Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ;

Pour le pape François, c’est clair. Ce qui est au cœur de l’évangélisation c’est l’expérience du baptême. Dans la mesure où l’on a réellement fait l’expérience de rencontrer Jésus, on peut et on doit partager ce cadeau qui nous a été fait.

Nous ne disons plus que nous sommes « disciples » et « missionnaires », mais toujours que nous sommes « disciples-missionnaires ».
Ainsi cette vielle dichotomie héritée du 16ème siècle n’a plus cours.

Si nous n’en sommes pas convaincus, regardons les premiers disciples, qui immédiatement, après avoir reconnu le regard de Jésus, allèrent proclamer pleins de joie : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1, 41). La samaritaine, à peine eut-elle fini son dialogue avec Jésus, devint missionnaire, et beaucoup de samaritains crurent en Jésus « à cause de la parole de la femme » (Jn 4, 39). Saint Paul aussi, à partir de sa rencontre avec Jésus Christ, « aussitôt se mit à prêcher Jésus » (Ac 9, 20 ).

Sa conclusion est claire : « Et nous, qu’attendons-nous ? »

266. …. Le véritable missionnaire, qui ne cesse jamais d’être disciple, sait que Jésus marche avec lui, parle avec lui, respire avec lui, travaille avec lui. Il ressent Jésus vivant avec lui au milieu de l’activité missionnaire. Si quelqu’un ne le découvre pas présent au cœur même de la tâche missionnaire, il perd aussitôt l’enthousiasme et doute de ce qu’il transmet, il manque de force et de passion. Et une personne qui n’est pas convaincue, enthousiaste, sûre, amoureuse, ne convainc personne.

C’est la rencontre de chacun de nous avec Jésus qui fait de nous un missionnaire. Celui qui a rencontré Jésus, qui vit avec Jésus, vit avec lui quel que soit ce qu’il peut faire. Nous ne sommes pas missionnaires simplement lorsque nous exerçons une activité missionnaire. Nous sommes missionnaires même lorsque nous mangeons, dormons, travaillons,… Nous sommes missionnaires tout le temps. Si nous sommes missionnaires, la manière que Jésus a d’être présent dans un lieu c’est que nous y soyons.

En guise de conclusion

Pour terminer cette présentation, où nous avons fait tout un parcours, j’aimerais citer quelques phrases du pape François prononcées à Rome le 3 juin 2017, au cours de la veillée de Pentecôte et de la prière œcuménique au Circo Massimo, à l’occasion des 50 du Renouveau Charismatique Catholique.

Il nous a tout d’abord rappelé que le Renouveau Charismatique n’était pas un mouvement mais un « courant de grâce » offert à toute l’Eglise
« La venue de l’Esprit Saint transforme les hommes fermés du fait de la peur en de courageux témoins de Jésus. Pierre, qui avait renié Jésus trois fois, rempli de la force de l’Esprit Saint a proclamé : « Que toute la maison d’Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié » (Ac 2,36). C’est la profession de foi de tous les chrétiens ! »

Trois choses sont indissociables pour rester enraciné dans cette grâce : le baptême dans l’Esprit Saint, la louange et le service de l’homme, surtout des plus nécessiteux.
« Baptême dans l’Esprit Saint, louange, service de l’homme. Ce sont trois choses indissolublement unies. Je peux faire des louanges de manière profonde, mais si je n’aide pas les plus nécessiteux, cela ne suffit pas. »

Ce que Dieu nous a donné gratuitement nous sommes invités à le partager autour de nous.

« Partager avec tous dans l’Église le Baptême dans l’Esprit Saint, louer le Seigneur sans retenue, avancer ensemble avec les chrétiens de différentes Églises et communautés chrétiennes dans la prière et dans l’action pour les plus nécessiteux. Servir les plus pauvres et les malades, voici ce qu’attendent de vous l’Église et le Pape, de vous, Renouveau charismatique catholique, mais de vous tous, tous, vous tous qui êtes entrés dans ce courant de grâce ! Merci. »

 

Témoignage

 

Faisant suite à cet enseignement, dans ce WE sur le témoignage, pour éclairer l’importance du témoignage silencieux, même s’il est insuffisant car il ne saurait supprimer l’importance de dire une parole explicite, j’aimerais vous partager quelques points de ce que j’ai vécu.

a) Le contexte

J’ai rencontré le Renouveau en septembre 1972, le jour de mon entrée en Théologie à Lyon, par Bertrand Lepesant qui revenait des Etats Unis avec Laurent Fabre. Cela a été une vraie grâce pour moi et cela m’a permis de traverser ces années post 1968. Comme premier ministère, en septembre 1974, j’ai été envoyé à Toulouse dans une équipe de la mission ouvrière.
Pendant 10 ans, de 1974 à 1984, j’ai travaillé, comme électricien, dans 8 entreprises différentes, des petites entreprises du bâtiment ou de l’électricité industrielle. J’ai beaucoup changé d’entreprises, suite à des faillites ou des licenciements. Cela n’a pas toujours été facile pour moi mais c’était riche. Depuis 1984, je suis en paroisse.

b) Apprendre une autre langue

Je n’ai jamais eu aucun problème au niveau technique. Toute ma formation professionnelle et technique me permettait de pouvoir m’adapter à tout ce qui se présentait à moi. De plus le travail que je faisais me plaisait. Cependant, tout n’a pas été facile. Sortant de Philo et de théologie je me trouvais dans un autre monde. Il a fallu que j’apprenne une autre manière de parler et de me comporter. Il a fallu que j’apprenne comme une autre langue. Ce n’était pas un langage conceptuel mais s’appuyait sur ce que je vivais : le clou, la vis, donne moi une vis, avec le marteau j’enfonce un clou,… C’était comme un langage qui se laissait découvrir et se déployait dans le temps à mesure que les relations se nouaient. Je parlais peu mais à celui qui me parlait de sa famille je pouvais lui parler de ma communauté.

c) L’engagement dans le renouveau

Lorsque je travaillais comme électricien, j’ai été beaucoup engagé dans le groupe de prière de l’Olivier à Toulouse. La journée je travaillais comme électricien et beaucoup de mes soirées et WE ont été pris par le renouveau.
J’ai beaucoup prié pour les uns et les autres. Je n’avais que peu de repères dans la manière de conduire les prières mais j’ai commencé à apprendre. Avec le temps, devant le nombre de demandes : J’ai commencé à proposer des prières de guérison intérieures plus organisées
Dès 1981 j’ai commencé à proposer des retraites. Je sentais que cela pouvait aider.

d) Les épreuves

Dans le travail j’ai eu des moments difficiles, la parole de Dieu m’a soutenu. Trois textes m’ont accompagné au cours de mes années.
Sir.2 « Mon fils si tu prétends servir le Seigneur prépare toi à l’épreuve… »,
Ce texte est le premier que j’ai reçu. Il m’a soutenu devant les misères que me faisait l’un de mes patrons. Lorsque j’avais envie de lui laisser tomber mon marteau sur la tête le Seigneur me rappelait ce texte. Je l’ai appris par cœur.
Plus tard un autre texte, que nous lisons le jour de la fête de la Toussaint, m’a marqué :
Ap.7,13s : « Ces hommes vêtus de robe blanche, qui sont-ils et d’où viennent-ils ?… »
« Ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve : ils ont lavé leur robes, ils les ont blanchies dans le sang de l’Agneau… »
Ce texte a été pour moi d’un grand réconfort. C’est comme si le Seigneur me disait : « J’ai vu ta souffrance et ta souffrance a du prix devant moi. Elle n’est pas inutile. Je l’ai vue »
Plusieurs années après, Pierre a encore renouvelé ma manière de voir les choses
1P.2,15-23 : « Vous les domestiques … C’est une grâce que de supporter par égard pour Dieu des peines que l’on souffre injustement… C’est bien à cela que vous avez été appelés, car c’est pour vous que le Christ, lui aussi, a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces ».
C’est comme si le Seigneur me disait. Ta souffrance est grâce devant moi. Courage c’est à cela que tu es appelé. Elle est vie, bénédiction pour toi et pour les autres. Ce que tu crois être malédiction est en fait bénédiction.

e) Icônes du Seigneur

Lorsque je commençais à travailler dans une entreprise je ne disais jamais que j’étais prêtre car on ne m’aurait pas embauché. J’attendais que cela se découvre. Cela ne tardait pas, mais au lieu de me plaquer une étiquette mes camarades et mon employeur réagissaient à ce qu’ils connaissaient de moi. J’ai toujours eu bon accueil (sauf une fois). Mais surprise ceux à qui je le disais, après qu’ils m’aient eu fait une confidence qui les engage, ils ne le répétaient pas. Je pense à un camarade de travail, alors que toute l’entreprise savait que j’étais prêtre, qui est venu me voir un jour et qui m’a dit : « Est-ce que tu ne serais pas dans un groupement religieux ? Est-ce que tu ne serais pas prêtre ? » Cela m’a fait réfléchir.
A Toulouse nous avions installé un oratoire dans notre appartement. Dans cet oratoire il y avait des icônes. Ces icônes me parlaient en les regardant. Par ces rencontres vécues avec les camarades de travail, j’ai compris que nous étions icône du Seigneur. Mais une icône ne parle que pour celui qui sait la regarder. Mes camarades de travail, à force de vivre ensemble voyaient au delà des mots. Cela a mis dans mon cœur une grande action de grâce. Mon travail avait du prix aux yeux de Dieu et par mon travail, j’étais présence du Seigneur au milieu d’eux.

f) Une vision

Alors que, la journée je travaillais sur les chantiers, le soir et les WE j’avais beaucoup de rencontres au travers des groupes de prière pour accueillir l’un ou l’autre. Sur les chantiers les conversations dépassaient rarement la ceinture. Ça volait bas ! Je me souviens qu’un jour, après plusieurs années de travail, plusieurs dans les groupes de prière sont venus me dire que je perdais mon temps à travailler en usine, que je serais plus utile dans un ministère direct. Je leur disais, que si mon insertion ne leur allait pas, il pouvait toujours en parler à mon provincial, mais que pour moi, c’était clair c’est la mission que j’avais reçue et que je n’avais aucune raison d’en changer.
Je leur répondais de manière apparemment assurée, mais leurs questions me perturbaient, me contaminaient. J’en été venu à me demander s’ils n’avaient pas raison. J’ai alors demandé au Seigneur ce qu’il en pensait. Un jour, dans la prière, j’ai eu une vision. J’étais au milieu de mes copains de travail dans l’atelier, là où l’on se retrouvait à l’habitude. Mais, surprise, dans ma vision j’étais grand, anormalement grand. J’avais un grand vêtement blanc, un peu comme une aube, mais ce n’était pas une aube. Ce vêtement était blanc ou presque blanc, je ne sais pas trop. A côté de moi mes camarades étaient comme des petits points noirs, des microbes, tous petits, anormalement petits. On aurait dit des insectes, ou quelque chose comme çà tellement ils étaient petits. Cette vision a été un véritable choc, tellement tout était démesuré. Surprise encore plus grande, dans cette vision je ne disais rien. J’étais simplement là au milieu d’eux. D’un seul coup, alors que cette vision s’imprimait en moi, dans mon cœur j’ai entendu : « La manière que je sois présent dans cette entreprise c’est que tu y sois ».
Pour moi la réponse était claire. J’ai repris ma caisse à outil, que je commençais à délaisser intérieurement et je n’ai rien dit. Notre travail n’est pas que le lieu où l’on gagne sa vie. C’est notre lieu de mission. Dans cette mission, je ne disais rien mais j’étais là avec eux. J’étais simplement heureux au milieu d’eux.
Plus tard, lorsque je suis allé en paroisse, plusieurs m’on fait remarquer avec humour que j’aurais à parler. C’était une autre étape.

Père Christian Vivien, sj
Le 10 novembre 2018

 

La mission dans l’histoire de l’église :

Plan

I – En reprenant la vie de Jésus : de l’Annonciation à la Pentecôte

II- De la Pentecôte au haut moyen âge : tout pour la mission

III- Du 6ème au 16ème siècle : Tout pour l’intérieur

IV- A partir du 16ème siècle : La mission à l’extérieur

V- A partir du 20ème siècle : la mission sur place

VI- Dans le sillage du renouveau Charismatique

VII- Le pape François

En guise de Conclusion

Témoignage

Françoise | f.auney@wanadoo.fr

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