Église du Sacré Cœur Bordeaux, jeudi 28 avril 2016

Ce soir je suis invité à vous parler du « pardon entre-nous ». Cet enseignement, dans le cadre de l’année de la miséricorde se situe à l’intérieur de tout un parcours. Avec le jubilé de la Miséricorde une année de grâce nous est proposée par le Seigneur. Puisse, ce soir, le Seigneur à la fois m’aider à vous parler mais aussi à ouvrir notre cœur pour que ce mouvement de réconciliation au plus profond de nous-mêmes puisse se faire.

 

I. Le pardon

I.1. L’homme est aimé de Dieu

Avant de nous reconnaitre pécheur il est important de savoir que nous sommes aimés de Dieu. La vérité première, pour chacun d’entre nous, n’est pas que nous soyons pécheur. La vérité première c’est que nous sommes aimés de Dieu. Pour pouvoir regarder notre péché en toute sérénité, comme un enfant qui sait que ses parents l’aiment même s’il a fait quelque chose de mal, nous devons savoir que Dieu a posé sur nous un regard plein de tendresse et de miséricorde. Nous devons savoir que nous sommes aimés de Dieu. Toute la Bible vient nous dire que Dieu nous aime. C’est parce que Dieu nous aime, qu’il s’est adressé à Abraham  pour faire par lui alliance avec l’humanité. C’est parce que Dieu nous aime qu’il s’est choisi Moïse pour libérer son peuple de l’esclavage d’Egypte. C’est parce que Dieu nous aime que Jésus est venu partager notre humanité pour nous montrer le chemin vers le Père. C’est parce que Dieu nous aime que le pape François a proclamé une année de la miséricorde. Il ne l’a pas fait pour nous faire plaisir, il l’a fait parce que Dieu est « miséricorde ».

Souvent nous avons du mal à savoir que nous sommes aimés de Dieu car nous sommes habités par de fausses images de Dieu. Il nous est bon de les reconnaître pour pouvoir les corriger. Ces fausses images de Dieu nous font mépriser ou rejeter Dieu. Aujourd’hui tout semble dire que Dieu n’existe pas. Il n’y a pas de Dieu, telle semble être l’affirmation globale de notre société. Certains croient en Dieu mais Dieu est un être abstrait, un principe, une idée. Pour d’autres Dieu est un être froid, dans son ciel, loin de l’histoire des hommes et qui dicte sa volonté : « C’était écrit ! C’est sa destinée ! » D’autres encore voient Dieu comme un juge qui récompense les bons et qui punit les méchants. Cette vision de Dieu est trahie par le langage lorsqu’une épreuve surgit. : « Qu’est ce que j’ai fait au bon Dieu pour qu’il m’arrive tel malheur ou telle maladie ». D’autres encore disent : « Si Dieu existait il n’y aurait pas toutes ces guerres, toutes ces épreuves, ces maladies ». Les guerres, les maladies, les catastrophes naturelles deviennent ainsi, selon cette manière de voir, une preuve de la non-existence de Dieu. Je pense à un malade, atteint d’un cancer, que je visitais à l’hôpital qui m’a dit : « Comment voulez-vous que je crois en Dieu, avec tout ce qui m’arrive ! » Ce Dieu contre lequel nous nous révoltons n’est pas le Dieu de la Bible. Dieu nous aime et son amour est infini. Toutes les épreuves qui nous arrivent, loin d’être une preuve de la « non-existence de Dieu » viennent, au contraire, purifier en nous les fausses images de Dieu qui nous habitent.

 

I.2. L’homme est fait pour louer Dieu

Louer Dieu n’est pas simplement prendre des chants à sa louange mais rendre à Dieu amour pour amour. Comment devant tant d’amour de notre Seigneur ne pas louer notre Dieu, lui dire merci, lui dire que nous l’aimons, que nous voulons demeurer en sa présence.

            Regardons Paul :

« Restez toujours joyeux. Priez sans cesse. En toute condition soyez dans l’action de grâce. C’est la volonté de Dieu sur vous dans le Christ » 1 Th 5.16-18 . Ainsi Paul est formel. Rendre grâce à Dieu n’est pas une option pour le chrétien c’est une nécessité qui s’impose.

            Regardons maintenant les Psaumes :

« Bénis le Seigneur ô mon âme, du fond de mon être son saint nom,
Bénis le Seigneur ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits » Ps 103(102) V.1-2

Quand on parcourt le livre des psaumes la louange y éclate. Parmi les 150 psaumes que comprend le psautier un peu plus de la moitié sont des psaumes de louange et d’action de grâce et l’autre moitié de louange et de supplication.

La louange n’est pas facultative. Toute notre supplication doit être pénétrée de louange, baignée dans la louange.

« Entre ces deux attitudes fondamentales : louange et lamentation, action de grâce et supplication court la prière de l’homme. Ce sont comme les deux moments de l’existence humaine, tels la nuit et le jour, les ténèbres et la lumière, et ils composent la subsistance de la prière biblique. »

Carlo Martini, Le désir de Dieu Prier les psaumes p. 150

Cette attitude de louange est fondamentale, préalable à la reconnaissance de mon péché. Pour voir mon péché je ne dois pas commencer par regarder mes fautes, comme si le ciel était vide, mais je dois tourner mon regard vers Jésus qui a donné sa vie par amour pour moi et commencer par lui dire merci devant tant d’amour de sa part. Le cardinal Martini aimait, qu’avant de présenter à Dieu tout le péché qui nous pèse, nous commencions par lui dire merci. Ce merci dilate notre cœur et ouvre notre regard. Au lieu de regarder nos fautes il nous invite à regarder Jésus qui a pris sur lui tout nos péchés.

Lorsque je regarde ma faute, je me regarde et cela me déprime. Lorsque pécheur je regarde Jésus et par conséquent je laisse Jésus poser son regard d’amour sur moi. Cela dilate mon cœur, me pacifie. Lorsque je regarde ma faute elle s’imprime en moi et je n’ai pas la possibilité de me l’enlever. Lorsque Jésus regarde mon péché il me l’enlève et je fais l’expérience que Jésus est mon Seigneur et mon sauveur. Si je rentre dans cette attitude de louange et si je demande à Dieu de me révéler mon péché, dans sa grande miséricorde je peux être certain qu’il va me le révéler. La différence est étonnante. En effet, si c’est moi qui cherche mon péché la grandeur de mes fautes m’écrase, mais si c’est Dieu lui-même qui me montre le point que j’ai à lui présenter, je peux être certain qu’il désire faire couler sur moi sa puissance de pardon, de guérison. Il désire m’en libérer. Je découvre, je fais l’expérience que Jésus est mon Seigneur et mon Sauveur.

Je découvre aussi qu’avant d’être une faute, le péché est une mauvaise manière de répondre à l’amour de Dieu. Au lieu de lui rendre amour pour amour, je me détourne de son amour pour ne lui rendre qu’ingratitude.

 

I.3. L’homme est un être pécheur

Les occasions de se blesser ne manquent pas car nous sommes des êtres de relation. L’homme n’est pas fait pour vivre seul. Cela nous est souligné avec force dans le deuxième récit de la création. Après avoir modelé l’homme qu’il avait mis dans un jardin en Eden Yahvé Dieu dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie » Gen.2,18. Suite à cette constatation il nous est dit que Dieu chercha une aide qui corresponde à l’homme. Il créa tous les animaux mais comme aucun d’eux ne convenait, de la côte prise à l’homme il créa la femme. Celui-ci s’exclama, en la voyant : « voici l’os de mes os et la chaire de ma chair ». Suite à cette création tout devrait être merveilleux. Il ne devrait plus y avoir de problèmes. Force est de constater qu’il n’en est rien. Une évidence s’impose : « Seul on s’ennuie et à deux ou plusieurs on commence à se disputer ». Rapidement ce sont les divisions, les accusations, les guerres qui éclatent. Il suffit de regarder autour de nous.

Pour nous enlever toute illusion, la Bible dans Gen.3 nous parle du péché. Après avoir placé l’homme dans le jardin d’Eden, voici que le serpent, qui était le plus rusé de tous les animaux des champs, vient mettre le soupçon et dire à la femme : « Alors Dieu a dit : vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? » alors que Dieu n’avait jamais tenu de tels propos. Il avait dit : «  Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras pas, car le jour où tu en mangeras tu mourras. » Gen.2,16-17. Comme on voit, le tentateur vient tordre la réalité pour la rendre désirable. « La femme vit que l’arbre était séduisant à voir et désirable pour acquérir le discernement. Elle prit de son fruit et en mangea. Elle en donna à son mari, qui était avec elle et il en mangea » Gen.3,6. Nos relations avec les autres sont marquées par notre concupiscence. Lorsque Dieu va demander à l’homme ce qui s’est passé, il va dire : « C’est la femme que tu as mise à côté de moi qui m’a donné du fruit de l’arbre et j’ai mangé ! » Gen. 3,12. Et la femme va dire, ce n’est pas moi c’est le serpent. Il n’est pas possible de parler de la difficulté dans nos relations sans parler du péché qui demeure au plus profond de nous même. L’homme est un être pécheur et notre péché s’enracine au plus profond du cœur de chacun de nous.

Cela m’amène à penser au Pape François. Après son élection, il a été interrogé par le responsable de la revue jésuite italienne. On lui a demandé : « Qui êtes-vous pape François ? » La réponse est étonnante : « je suis : un pécheur sur lequel le Seigneur a posé les yeux ». D’habitude lorsqu’on vous demande de vous présenter on expose son curriculum vitae. On dit tout ce que l’on a fait. Ici rien de tel. Pour se présenter le pape vient dire qu’il est pécheur. Le pape est un pécheur qui est aimé de Dieu et à qui le Seigneur a confié une mission : celle d’être pape. Drôle de présentation !

 

II. Pardonner

Le pardon est un chemin obligatoire. Le manque de pardon est un obstacle. Cependant une évidence s’impose. Dans certaines situations je peux demander le sacrement de réconciliation mais je continue à être écrasé par ma faute ou par l’épreuve vécue. J’ai demandé le pardon du Seigneur, donc dans la foi je sais que je suis pardonné mais la rancœur me revient. On dit souvent : « J’ai pardonné mais je n’ai pas oublié ».

Il y a deux choses bien différentes à repérer : le péché et les conséquences du péché ou de l’épreuve vécue. Je peux très bien demander le pardon de quelque chose sans pour autant être libéré du poids de ce péché ou de l’épreuve vécue. Pourtant, une certitude, le Seigneur désire nous libérer et il le fait.

Depuis plusieurs années, j’anime des retraites à Lourdes : les Exercices dans la grâce du Renouveau Charismatique. Surprise, le soir de la journée centrée sur le pardon, alors que tout le monde s’est confessé, nous proposons à ceux qui le souhaitent de venir déposer le poids qu’ils continuent encore à porter. C’est étonnant de constater que beaucoup viennent faire une démarche car, même s’ils ont la certitude d’être pardonnés, ils ont toujours un poids qui les écrase. Par exemple : « J’ai eu des difficultés avec quelqu’un et je n’arrive pas à lui pardonner. J’ai demandé plusieurs fois le pardon mais cela me revient souvent à la mémoire », ou même « J’ai eu des difficultés avec un défunt. Il est mort sans que nous ayons pu nous réconcilier » ou encore : « J’ai subi telle épreuve et c’est toujours vivant pour moi ». Les exemples ne manquent pas.

 

Pour vous aider à comprendre je vais prendre deux exemples.

  1. Je pense tout d’abord à une religieuse africaine.

Elle avait quitté son village et sa famille pour se mettre au service du Seigneur. Elle faisait un très bon travail. Elle était devenue la supérieure de sa communauté. Un jour elle rentre dans son village. Elle aperçoit quelqu’un du village qui lui dit : «  Tu viens pour l’enterrement de ton frère ». Elle ne savait même pas que son frère était malade. Sans avoir le temps de passer chez elle, elle se retrouve dans le cortège. Le choc, le drame !

10 ans après, ce drame était toujours vivant en elle. Elle n’arrivait pas à s’en sortir, pourtant c’était une sainte femme.

Quel était l’obstacle ? En priant avec elle, une évidence : elle en voulait à son frère !
Pourquoi ? Il était parti sans lui dire au revoir.

Pour continuer le témoignage je peux dire que le Seigneur l’a guéri. Elle est libérée mais cet exemple nous aide à réfléchir.

La raison de sa difficulté peut nous faire sourire, car il est trop manifeste que son frère n’y était pour rien, mais cet exemple nous montre la complexité de l’être humain. Lorsque dans la vie nous recevons un choc, il y a en nous un instinct de conservation qui est normal. Malgré nous il nous faut trouver un coupable. Il faut savoir que lorsque nous recevons un coup nous en voulons à trois personnes : à Dieu (Si Dieu existait ? Qu’est ce que j’ai fait au bon Dieu ?) , aux autres (c’est de la faute à… [Aujourd’hui tout le monde doit trouver un coupable dès qu’il y a un accident]. et à soi-même (si j’avais…).

Souvent on en veut aux trois : à Dieu, aux autres et à soi-même.

Elle en voulait à Dieu ; « Seigneur pourquoi tu n’as rien fait pour garder mon frère »
Elle en voulait aux autres, en l’occurrence à son frère car il était parti sans lui dire au revoir. Elle en voulait à elle-même car elle se reprochait de ne pas avoir été là. Mais comment pouvait-elle savoir qu’il allait mourir ?

 

2. Le deuxième exemple

Je pense à une dame d’une cinquantaine d’année. Elle aimait beaucoup le Seigneur et le servait de tout son cœur mais avait du mal à prendre sa place. Elle avait eu un frère jumeau qui était mort depuis une dizaine d’année. Un jour, sans réfléchir sa mère lui dit : « C’est dommage que tu ne sois pas morte à la place de ton frère ».

Cette réaction a de quoi faire bondir si on l’entend au premier degré mais elle est très intéressante si on essaie de décoder. Sa mère n’était pas une personne agressive et aimait sa fille mais son langage avait trahi une réalité profonde. Avec le temps, cela lui a permis de comprendre, de mettre des mots sur ce qu’elle vivait et de trouver un chemin de pacification. A l’époque, lorsque sa mère était enceinte, les examens prénataux n’existaient pas. Quelle ne fut pas la surprise de sa mère qui n’attendait qu’un enfant de découvrir qu’après l’accouchement il y a en avait un autre : c’était elle.

Au niveau du pardon, Saint Ignace aime bien que l’on puisse se situer devant Jésus en croix. Cependant, cet exemple nous montre qu’il y a deux réalités bien différentes à ne pas confondre. Devant Jésus en croix, lorsque je reconnais mon péché, je suis invité à lui dire : « Seigneur Jésus pardonne-moi ». Mais lorsque Jésus est sur la croix et qu’il est crucifié n’ayant point commis de péché, il dit : « Père pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ».

Si nous revenons à l’exemple ci-dessus, nous voyons qu’il aurait été exagéré de croire que tout venait d’elle. Le fait que sa mère ne l’attendait pas ne dépendait pas d’elle. Ce n’était point de sa faute. Il était donc juste de dire : « Père pardonne les réactions de ma mère ». C’est-à-dire, je te demande que, devant toi, toutes dettes à mon égard, correspondant à cet évènemen,t lui soient effacées. Par contre, si elle avait de l’amertume à l’égard de sa mère, cela dépendait bien d’elle. Pour cette partie là il était bien de dire : « Seigneur Jésus pardonne-moi ».

Un jour le Seigneur l’a visité et a guéri ce manque et du coup a apaisé la relation avec sa mère.

Ces deux exemples nous montrent le lien qu’il y a entre pardon et guérison. Le Seigneur désire non seulement nous pardonner mais aussi nous guérir en profondeur. En nous guérissant en profondeur il nous enlève toute racine d’amertume, libère l’action de grâce et du coup il nous rend apte à vraiment pardonner. En résumé : c’est parce que l’on pardonne que la guérison peut se faire et réciproquement la guérison rend possible le pardon. Les deux se répondent.

Cette guérison en profondeur n’efface pas les évènements comme si rien ne s’était passé. Elle ne rend pas amnésique mais elle change le souvenir que l’on a de l’évènement à l’origine de la blessure. L’apparition de Jésus à Thomas en est un exemple fort qui peut nous aider à comprendre ce qui se passe. Thomas refusait de croire mais lorsque Jésus va lui apparaître, il va lui dire en lui montrant ses plaies :

« Porte ton doigt ici ; vois mes mains ; avance ta mains et mets là dans mon côté, et ne sois plus incrédule mais croyant » Jn.20,27

Dans ses mains, Jésus a bien la marque des clous et son côté est ouvert. Mais les plaies de Jésus sont des plaies glorieuses. Au lieu de se souvenir de l’évènement qui l’a traumatisé comme quelque chose de mauvais, Thomas ne pourra jamais oublier cette rencontre qu’il a eu avec le Seigneur. Il a expérimenté une libération profonde. Ce second souvenir est bien plus fort que le premier.

Dans la guérison intérieure, au lieu de la plainte liée à la blessure, c’est l’action de grâce qui monte du plus profond du cœur pour tout ce que Dieu a fait pour nous. Cela m’amène à dire que la guérison, contrairement à ce que l’on aurait tendance à croire, n’est pas l’effacement des souvenirs mais le remplacement d’un souvenir mauvais par un souvenir positif plus fort. La guérison c’est, grâce à Jésus, le recodage des souvenirs. Ayant expérimenté l’écrasement lié à notre péché ou à une blessure, l’expérience de la miséricorde de Dieu qui a brisé toutes chaines change notre regard.

Le Seigneur désire cette libération pour chacun d’entre nous. Cela nous est signifié avec force dans cette année de la miséricorde.

III.  Les épreuves, les blessures survenues dans la mission

Les blessures ne sont pas toujours liées à des chemins qui auraient été pris sans aucun lien avec le Seigneur. Il arrive que des blessures surviennent dans la mission elle-même. Les exemples ne manquent pas. Il ya quelques années nous avions comme exemple les moines de Tibérine. Aujourd’hui nous pouvons penser à tous ces chrétiens, un peu partout à travers le monde qui donnent leur vie pour le Christ. Jésus nous avait prévenus : « Le disciple n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ».

Témoignage d’une sœur

Je pense à une sœur missionnaire qui sillonnait la région où elle avait été envoyée en mission. Elle avait de grandes distances à faire dans des conditions précaires. Un jour elle est tombée sur une embuscade et a été violée. 20 ans plus tard elle portait encore cette blessure vive dans son cœur. Dans une retraite le Seigneur l’a libéré.

Chacun de nous, dans notre vie nous rencontrons des épreuves, que ce soit au travail, en famille ou dans les divers lieux d’insertion que nous avons. Ces divers lieux où nous vivons sont également des lieux où nous pouvons y être de la part du Seigneur. Par exemple, mon travail n’est pas simplement un lieu où je peux gagner ma vie. C’est aussi le lieu où le Seigneur m’a placé pour y être son témoin.

Personnellement j’ai travaillé 10 ans sur les chantiers. J’y ai été heureux mais il y a eu des moments qui n’étaient pas faciles. Je suis jésuite. Dans la vie de communauté j’ai aussi connu des moments difficiles. Trois textes bibliques m’ont accompagné sur mon chemin. J’aimerai vous les partager en espérant qu’ils seront pour vous un soutien. A force de les lire et de les relire je les connais presque par cœur.

Je vous redonne ces textes dans l’ordre où ils m’ont aidé

Le  premier texte : Sir 2

Ce texte a été pour moi un soutien dans les jours d’épreuve lorsqu’au travail je n’en pouvais plus.

  1. Mon fils, si tu prétends servir le Seigneur, prépare-toi à l’épreuve.
  2. Fais-toi un cœur droit, arme-toi de courage, ne te laisse pas entraîner, au temps de l’adversité.
  3. Attache-toi à lui, ne t’éloigne pas, afin d’être exalté à ton dernier jour.
  4. Tout ce qui t’advient, accepte-le et, dans les vicissitudes de ta pauvre condition, montre-toi patient,
  5. car l’or est éprouvé dans le feu, et les élus dans la fournaise de l’humiliation.Je me souviens, le soir dans ma chambre, je lisais et je relisais ce texte. Il était comme un vent frais qui me redonnait force et courage. Je le lisais mot par mot. A travers ce texte le Seigneur me disait : « calme-toi !». Je comprenais que le chemin que je vivais était le chemin où le Seigneur m’avait placé. Je devais accepter de me laisser purifier, nettoyer. C’était une invitation du Seigneur.

    Puis j’ai continué en lisant la suite :

  6. Mets en Dieu ta confiance et il te viendra en aide, suis droit ton chemin et espère en lui.
  7. Vous qui craignez le Seigneur, comptez sur sa miséricorde, ne vous écartez pas, de peur de tomber.
  8. Vous qui craignez le Seigneur, ayez confiance en lui, et votre récompense ne saurait faillir.
  9. Vous qui craignez le Seigneur, espérez ses bienfaits, la joie éternelle et la miséricorde.
  10. Considérez les générations passées et voyez qui donc, confiant dans le Seigneur, a été confondu? Ou qui, persévérant dans sa crainte, a été abandonné? Ou qui l’a imploré sans avoir été écouté?

Ce texte est vraiment tout un programme.

Là j’ai fait une expérience étonnante que je n’oublierai jamais. Les épreuves étaient pour moi chemin de vie. Elles étaient comme un ascenseur qui me montait vers Dieu et me donnaient un souffle de vie.

Les épreuves sont mauvaises. Elles peuvent vous détruire. Il y a des épreuves tellement difficiles que vous ne pouvez les souhaiter pour les autres, mais si elles sont bien vécues, les épreuves vous font grandir. Elles vous rendent plus humains.

N’est-ce pas ce que Jésus nous dit dans les béatitudes Mt 5,10

Heureux les persécutés pour la justice car le Royaume des Cieux est à eux.

Jésus nous dit : Heureux.  Cela veut dire que c’est un cadeau. Mais c’est un cadeau pour qui c’est un cadeau. On n’a pas le droit de le transformer en principe de morale ou de conduite pour les autres.

 Là j’ai fait aussi une expérience que je n’oublierai jamais. Ceux qui me tendaient des pièges étaient pris dans leur propre piège.

Pitié pour moi, Yahvé, vois mon malheur.
tu me fais remonter des portes de la mort…Ps 9,14

Les païens ont croulés dans la fosse qu’ils ont faite
au filet qu’ils ont tendu, leur pied s’est pris.
Yahvé s’est fait reconnaître, il a rendu le jugement,
il a lié l’impie à son propre piège.                 Ps.9,16-17

Oui Dieu est bon ! Cela me réconfortait de voir que ceux qui me voulaient du mal étaient pris à leur propre piège. Ce n’était pas de la vengeance. Cela me chantait la grandeur de Dieu. Cependant lorsque le Seigneur me donnait raison, j’ai toujours gardé le silence pour ne pas humilier mes rivaux. C’était un secret entre Dieu et moi.

Le Paume 9-10 est une petite merveille à savoir par cœur. Il nous dit comment Dieu abat les impies et sauve les humbles.

Plus tard, lorsque je me suis retrouvé aumônier d’hôpital dans un service d’oncologie et de fin de vie, tout ce parcours m’a aidé à accompagner des personnes qui faisaient un chemin extraordinaire avec le Seigneur. Alors que beaucoup étaient refermées sur leur souffrance certaines personnes vivaient une véritable ascension. Elles nous conduisaient au ciel. C’est étonnant !

 

Le deuxième texte Ap 7,9  : Triomphe des élus au ciel

Ce deuxième texte est lu pour la messe de la Toussaint. Un jour, où cela était difficile pour moi, je l’ai reçu en plein cœur. Ce texte nous transporte dans un autre monde.

9.  Après quoi, voici qu’apparut à mes yeux une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue ; debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, de palmes à la main,
10.  ils crient d’une voix puissante : « Le salut à notre Dieu, qui siège sur le trône, ainsi qu’à l’Agneau ! »
11.  Et tous les Anges en cercle autour du trône, des Vieillards et des quatre Vivants, se prosternèrent devant le trône, la face contre terre, pour adorer Dieu ;
12.  ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu pour les siècles des siècles ! Amen ! »
13.  L’un des Vieillards prit alors la parole et me dit : « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils et d’où viennent-ils ? »
14.  Et moi de répondre : « Monseigneur, c’est toi qui le sais. » Il reprit : « Ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve : ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau.
15.  C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, le servant jour et nuit dans son temple ; et Celui qui siège sur le trône étendra sur eux sa tente.
16.  Jamais plus ils ne souffriront de la faim ni de la soif ; jamais plus ils ne seront accablés ni par le soleil, ni par aucun vent brûlant.
17.  Car l’Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur pasteur et les conduira aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux.

En écoutant ce texte, c’était comme si le Seigneur me disait : « J’ai vu ta souffrance, je la connais. Ta souffrance n’est pas perdue. Elle a du prix à mes yeux ». C’était comme une révélation. Ce que je vivais n’était pas vécu en vain : Dieu le voyait. Il me disait : « J’ai vu ta souffrance ». Mes forces revenaient. Je ne sentais plus le poids de la fatigue. J’avais des ailes. Je comprenais pourquoi mon aube, avec laquelle je célébrais l’eucharistie était blanche. Elle était blanche parce qu’elle avait été rouge. Elle avait été lavée dans le sang de l’agneau. C’est étonnant de voir comment le rouge et le blanc se répondent.

Ce texte m’a renvoyé avec force à ce passage bien connu d’Exode 3 où Moïse se trouve au côté du buisson ardent et le Seigneur lui dit : « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple,… ». Le Seigneur me disait qu’il avait vu ma misère mais il me la  montrait au ciel. Avec le texte de Siracide, il me disait qu’il l’avait vu sur la terre. Avec le texte de l’Apocalypse, il me montrait ce que cela devenait au ciel.

Ces textes associés l’un à l’autre sont étonnant. Ils nous montrent que le ciel et la terre sont unis. En deux tableaux différents le Seigneur me montrait la même réalité. Pour ceux qui ont été à Lourdes, si vous êtes rentrés dans la « Basilique du Rosaire » à chaque mystère il y a une fresque qui nous représente ce qui se passe sur la terre et un dessin ce qui se passe au ciel. (Cf l’annonciation). Ici ces textes me montraient la souffrance sur la terre et comment y faire face mais aussi ce qui est vécu au ciel.

 

Le troisième texte 1P2,18-25  : A l’égard des maîtres exigeants

Ce troisième texte est étonnant. Je vous invite à l’apprendre par cœur. Pierre s’adresse aux esclaves de son temps. Surtout n’allez le dire à ceux qui sont dans des situations difficiles. Ce texte n’est pas à dire aux autres n’importe comment, à asséner. Pierre en le disant nous partage son expérience. C’est un secret ! Il n’est que pour vous. Il n’est pas pour les autres.

18.  Vous les domestiques, soyez soumis à vos maîtres, avec une profonde crainte, non seulement aux bons et aux bienveillants, mais aussi aux difficiles.
19.  Car c’est une grâce que de supporter, par égard pour Dieu, des peines que l’on souffre injustement.
20.  Quelle gloire, en effet, à supporter les coups si vous avez commis une faute ? Mais si, faisant le bien, vous supportez la souffrance, c’est une grâce auprès de Dieu.
21.  Or, c’est à cela que vous avez été appelés, car le Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces,
22.  lui qui n’a pas commis de faute – et il ne s’est pas trouvé de fourberie dans sa bouche ;
23.  lui qui insulté ne rendait pas l’insulte, souffrant ne menaçait pas, mais s’en remettait à Celui qui juge avec justice ;
24.  lui qui, sur le bois, a porté lui-même nos fautes dans son corps, afin que, morts à nos fautes, nous vivions pour la justice ; lui dont la meurtrissure vous a guéris.
25.  Car vous étiez égarés comme des brebis, mais à présent vous êtes retournés vers le pasteur et le gardien de vos âmes.

Ce que je croyais être une catastrophe, une injustice à mon égard voici que Pierre me disait que c’était une grâce. Bien sûr je l’avais expérimenté mais de la à dire que c’était une grâce, je n’en étais pas là. Pierre n’hésite pas. Il nous dit : « C’est une grâce ! ». Il va même plus loin, il dit : « C’est à cela que vous avez été appelé ». Pierre vient révolutionner notre regard. Il nous ouvre de nouveaux horizons.

Comment comprendre Pierre si on oublie tout ce qu’il a vécu avec Jésus.

 

IV. Le Seigneur viens guérir ses serviteurs

En suivant Jésus, Pierre mais aussi tous les disciples ont été traumatisés, blessés. Pour former ses disciples, Jésus ne les a pas surprotégés. Il n’a pas fait dans la douceur à tout prix. Nous pouvons penser au moment où les disciples vont se retrouver de nuit, seuls en plein milieu du lac alors que le vent leur était contraire, mais le grand traumatisme que les apôtres ont vécu a été celui de la passion. Tous vont s’enfuir. Pierre, apparemment un peu plus courageux que les autres, va se retrouver dans la cour du grand prêtre et va être amené à renier son Maître et Seigneur. Cette soirée où il a renié son Seigneur, Pierre ne l’oubliera jamais. Elle reste comme une croix plantée en son cœur. Aux trois reniements de Pierre vont se répondre, autour du feu sur lequel grillaient les poissons, les trois « Pierre m’aimes-tu ? »

Les disciples ont été traumatisés parce qu’ils ont suivi Jésus. Ils ont été traumatisés parce qu’en eux il y avait des failles qui laissaient place au traumatisme. Jésus va être amené non seulement à panser leurs plaies mais aussi à les restaurer pour la nouvelle mission qui va les attendre après la Pentecôte.

Si pendant les trois ans de sa vie publique, Jésus a proclamé le Royaume de Dieu et fait beaucoup de guérisons pour les foules qui venaient à lui afin qu’elles croient en lui, pendant le temps de la résurrection, Jésus a fait beaucoup de guérison mais à l’usage exclusif de ses disciples afin d’en faire des témoins.

Tout le temps des apparitions va être un temps de formation pour les disciples. Jésus va relire, à la lumière de la résurrection, tous les évènements vécus avec eux pendant les 3 ans de vie commune. Cela va aussi être un temps où Jésus va guérir en profondeur ses disciples des traumatismes vécus pendant la vie publique de Jésus mais surtout pendant sa passion. Il faudra donc attendre le jour de la Pentecôte pour que les disciples sortent du Cénacle et qu’ils soient de vrais disciples-missionnaires, remplis de l’Esprit Saint, prêts à affronter tous les dangers. Avec la Pentecôte, leur formation est terminée. Désormais, ils pourront être envoyés aux 4 coins du monde.

Le livre des Actes est une illustration profonde de la place du Saint Esprit. Un bouleversement profond dans l’attitude des disciples va s’opérer. Ils ne s’occupent plus « des qu’en dira-t-on ? ». En eux, il y a une force intérieure qui les pousse à sortir dehors. Ils ne craignent plus de s’adresser à la foule et même de se rendre au Temple de Jérusalem.

 

V. En guise de conclusion

Nous nous retrouvons dans cette Eglise du Sacré Cœur et le Seigneur Jésus nous invite à contempler son cœur miséricordieux. Au 17ième siècle Jésus est venu se révéler à Marguerite Marie pour faire d’elle la disciple de son cœur bien aimé.

La grande vérité de l’Evangile : Dieu nous aime et Jésus est passionné d’amour pour les hommes. Cet amour que Jésus a pour nous appelle une réponse. La grande prière de Paray le Monial : « Jésus, doux et humble de cœur, rend mon cœur semblable au tien » est tout un programme. Que le Seigneur vienne nous transformer et mettre en nous son amour pour lui et pour le monde.

En cette année de la miséricorde, le Pape François nous rappelle avec force qu’il n’y a aucun péché que le Seigneur ne puisse effacer, si ce n’est celui de ne pas croire que Dieu puisse nous pardonner. Ce soir, qui que nous soyons, même si notre passé est tumultueux, le Seigneur lui-même veut nous transformer et nous revêtir du vêtement des noces. Il nous demande de croire plus en l’amour de Dieu pour nous qu’au jugement que nous portons sur nous-même. Il nous invite à croire que Dieu veut et peut nous faire ce cadeau de pardon car Il veut faire en nous toute chose nouvelle.

Il n’y a aucun péché, aussi noir soit-il que Dieu ne puisse pardonner en nous. Il dépend de nous d’accueillir sa miséricorde. La différence entre Pierre et Judas ne tient pas dans la gravité de la faute, mais dans le fait que Pierre n’a jamais désespéré en l’amour de Jésus à son égard. « Seigneur tu sais tout, tu sais bien que je t’aime » dira Pierre à Jésus Ressuscité au bord du Lac de Galilée. Jésus n’est pas venu pour nous condamner il est venu pour nous sauver. Cependant il ne peut nous sauver sans nous.

Tous les médias nous distillent leur lot de mauvaises nouvelles. Dieu ne veut qu’aucun homme ne soit perdu et il nous invite à faire de chacun de nous ses coopérateurs. Il nous invite à une véritable révolution du regard. Il nous invite à rendre grâce à Dieu et à prier pour les pécheurs. Ce soir le Seigneur nous invite à prier pour Daech, à prier pour tous ceux qui détruisent la planète, à prier pour ceux qui ont fait des systèmes financiers un dieu. Ce mois-ci dans une intention de prière le pape François nous a demandé de prier pour les petits exploitants agricoles afin que tout le monde puisse vivre.

A Marguerite Marie le Seigneur a montré son cœur qui a tant aimé les hommes mais qui ne reçois que des ingratitudes. Ce soir le Seigneur nous invite à lui rendre amour pour amour. Je sais que tout à l’heure vous allez vivre l’heure sainte selon la troisième demande que le Christ fit à Marguerite Marie.

« Toutes les nuits du jeudi au vendredi je te ferai participer à cette mortelle tristesse que j’ai voulu ressentir au jardin des Oliviers… Pour m’accompagner dans cette humble prière que je présentais à mon Père parmi toutes mes angoisses, tu te lèveras entre onze heures et minuit pour de prosterner une heure avec moi… »  (page 88) Que le Seigneur vous accompagne dans cette humble prière.

Père Christian Vivien sj

 

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