« Jésus-Christ nous a libéré pour que nous soyons vraiment libre » Ga 5, 1.

Toute la bible est l’histoire de la libération de l’humanité par notre Dieu ; le salut par la liberté, par la libération. Chaque page parle de cette quête de Dieu qui souhaite offrir à l’humanité cette liberté des enfants de Dieu, qui nous est acquise en Jésus-Christ, par sa mort et sa résurrection et qui nous est offerte en germe lors de notre baptême. La liberté est donc d’abord un Don de Dieu à recevoir, à accueillir !

Toute la tradition biblique suppose que l’homme est capable de prendre des décisions libres. Elle fait constamment appel à son pouvoir de choix. Il appartient à l’homme de choisir entre la bénédiction et la malédiction, entre la vie et la mort (Dt 30), et cela jusqu’au terme de son existence. C’est ce que nous appelons aussi la conversion, qui n’est jamais acquise une fois pour toutes, mais, qui est à vivre au quotidien. La liberté est constitutive de l’humanité, comme un pouvoir, une faculté qui est donnée à tout homme, du fait qu’il est homme ; elle fait partie de sa dignité la plus fondamentale. Le catéchisme de l’Église catholique écrit que par « le libre arbitre, chacun dispose de soi. La liberté est en l’homme une force de croissance et de maturation dans la vérité et la bonté. La liberté atteint sa perfection quand elle est ordonnée à Dieu, notre béatitude. »

En même temps, cette faculté de choix, comme le dit l’Écriture, peut être exercée pour la joie de l’homme ou pour sa perte, pour son épanouissement selon le dessein de Dieu ou dans le sens d’une opposition au projet de Dieu. On peut dire que la liberté des enfants de Dieu, c’est quand l’homme fait un bon usage de sa liberté, à savoir dans le sens du projet de Dieu, dans le sens de la vocation profonde de l’homme. La vraie liberté, ce n’est pas « faire tout ce que je veux, quand je veux, avec qui je veux », ça, c’est l’indépendance et la toute puissance, dont rêvent les adolescents ! La vraie liberté, celle des enfants de Dieu, c’est de conformer sa volonté à la volonté de Dieu. « Non pas ce que je veux, mais, ce que tu veux », dit Jésus au soir du jeudi saint, au moment de l’agonie. Le passage à la liberté, vers la liberté ne se passe pas sans épreuve ! Le catéchisme de l’Église catholique dit que « la liberté est le pouvoir, enraciné dans la raison et la volonté, d’agir ou de ne pas agir, de faire ceci ou de faire cela, de poser par soi-même des actions délibérées ». Apprendre à dire non ! « la dévotion au saint Non de Jésus ». On développe le fiat, le oui inconditionnel de Marie. Ce Oui inconditionnel de Marie ne signifie pas que nous devions dire oui à tout et à tous ! Apprendre à devenir libre, c’est aussi apprendre à renoncer, apprendre à dire non !

 Autrement dit, pour exercer notre liberté, comme fils et filles de Dieu, puisqu’elle est enracinée dans la raison (l’intelligence) et dans la volonté, elle s’appuie sur ces deux facultés.

La faculté de l’intelligence est ce qui éclaire notre conscience et la faculté de la volonté est ce qui permet de se décider, de choisir : « c’est cela que je veux ! », je veux aimer, je veux pardonner, je veux écouter la parole de Dieu, je veux vivre, respecter, m’engager, servir, suivre le Christ, croire, espérer, évangéliser, louer, rendre grâce, etc… Et tout le travail de la conversion vers la vraie liberté des enfants de Dieu est appelé à jongler perpétuellement et avec l’intelligence et avec la volonté.

  • Je peux désirer un bien que mon intelligence voit comme un vrai bien, et ne pas avoir la volonté pour le choisir, l’accomplir. C’est la situation des personnes qui sont addictes, esclaves d’addictions ! Elles voient bien que boire est mal, mais, elles sont esclaves. C’est leur volonté qui est malade !
  • Je peux vouloir une chose qui m’apparaît bonne, la réaliser, et ne pas être habité par la joie ou la paix ! C’est probablement le signe que ce que je croyais être un bien, ne l’était pas ou bien ne l’était pas pour moi ! Il s’agit alors d’un appel à éclairer ma conscience. Tout ce qui est bien, n’est pas forcement opportun ! Le propre de la tentation et du Tentateur est de faire croire à un bien ce qui est en fait un mal ! Tout l’enjeu sera alors de reconnaître qu’on s’est trompé, qu’on s’est laissé tromper et de changer de direction. C’est la conversion.

 

La liberté des enfants de Dieu n’est pas un état ! Elle est un chemin !  Et j’aime entendre Jésus qui nous dit : « Moi, je suis le chemin, la vérité, la vie ». Jésus ne dit pas : « je suis la loi, la norme, la vérité, la vie ». Jésus propose un itinéraire en sa personne.

  • La racine du mot liberté a à voir avec la croissance. Liberté ça vient de liber la partie vivante de l’arbre au centre, celle qui lui permet justement de grandir et de s’élever.
  • Dans l’étymologie de liberté il y a aussi liber qui a donné livre. Le livre là où on écrit nos rêves, celui qui fait de nous des auteurs, auteurs de notre propre vie. Mais aussi le livre écrit par un autre auquel on se réfère, qui nous relie aux autres, nous permet de faire peuple ensemble.

 

La liberté des enfants de Dieu fait grandir : de quelle croissance s’agit-il ? Il ne s’agit pas de grandir pour être au dessus des autres ! Il ne s’agit pas d’une croissance pour une domination.[1] Il s’agit d’une croissance pour devenir plus petit à la manière du Christ.

Parmi les critères d’une liberté qui se déploie selon l’Evangile, on peut en donner plusieurs :

  1. Les vertus théologales qui sont semées en germe en nous par notre baptême.
  • La Croissance de la foi  se manifeste par une confiance en Dieu plus grande. La liberté des enfants de Dieu nous apprend à écouter, à écouter vraiment et Dieu, et nos frères, à écouter nos désirs les plus profonds. C’est la place du silence dans nos vies, la place de l’écoute de la parole de Dieu, la capacité à vivre l’instant présent : Marie méditait tous ces évènements et les gardait en son cœur. Du côté de la prière, c’est la louange et l’action de grâce
  • La Croissance de l’Espérance se manifeste par  une attente de Dieu plus grande : dans la prière, c’est la croissance de la prière de demande. Demander avec plus d’intensité ! Que ta volonté soit faite ! Donne-nous aujour’hui notre pain de ce jour.
  • La Croissance de la charité se manifeste par  une bienveillance à l’égard de nos frères… Une bonté, une absence de jugement qui condamne. Une dimension de service, de disponibilité au service. Une capacité à accueillir ses frères tels qu’ils sont et non tels qu’on voudrait qu’il soit.

   Amare, amari, amare amare, amare. Aimer être aimé, aimer aimer, aimer.

 

 

  1. Autres critères : une capacité plus grande à vivre La pauvreté, la chasteté et l’obéissance,qui sont le portrait intérieur du Christ, et qui ne sont pas réservés aux religieux.
  • La pauvreté : consentir à ses propres limites, à ses propres fragilités, à ses propres blessures, à ses propres ambiguïtés, consentir à se recevoir du Seigneur. Un jour nouveau commence, un jour reçu de toi, Père, nous l’avons remis d’avance en tes mains, tel qu’il sera. La pauvreté qui va avec l’esprit d’abandon. Père, entre tes mains, je remets mon esprit. Cet Esprit qui refuse de tout maîtriser, de tout prévoir, de tout gérer, qui fait une place à Dieu, à l’Esprit Saint. Qui consent à se laisser déplacer, surprendre, étonner, émerveiller par ce qui advient et qui n’avait pas été prévu.
  • La chasteté : « ne pas mettre la mains sur les choses, sur les personnes ». Ne pas prendre, mais recevoir. Ne pas se servir, mais servir.
  •  L’obéissance : l’obéissance va avec l’écoute !

 

Conclusion

Liberté : liber, livre, Auteur. Jésus est celui qui parlait avec Autorité ! Jésus ne pends pas les décisions à la place des personnes ! Il rend chacun auteur de sa vie ! Il libère pour que chacun puisse mener son chemin selon l’Esprit qui souffle où il veut.

Il n’y a pas de liberté sans les autres ! Ce sont les autres, c’est avec les autres que j’apprends à devenir libre ! « L’enfer c’est les autres ! » dit notre culture actuelle ! Non, la liberté, c’est conjuguer ma vie avec la vie des autres. Permettre à chacun de trouver sa place en ce monde, dans l’Eglise, toute sa place et rien que sa place. Se réjouir d’être un enfant de Dieu.

[1] Phi 2, 2-9 : alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité.

 

Pierre DEPRECQ

 

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